Blog

Guide

Suivre le temps par phase (ESQ à AOR) : le guide complet pour les agences d'architecture

26 sept. 2026 · 8 min de lecture

Dans la plupart des agences d'architecture, on sait à peu près combien d'heures un projet a coûté une fois qu'il est terminé. Ce qu'on sait beaucoup moins, c'est où ces heures sont parties. Or un projet qui dépasse son budget ne dérape presque jamais de façon uniforme : c'est souvent une phase précise qui explose, un APD repris trois fois parce que le programme a bougé, un DCE bouclé dans l'urgence, ou une direction de travaux qui s'éternise sur un chantier compliqué. Suivre le temps par phase, c'est se donner les moyens de voir ces dérapages pendant qu'on peut encore agir, et pas six mois plus tard au moment du bilan.

Ce guide reprend les phases classiques d'une mission de maîtrise d'œuvre, explique pourquoi elles sont la bonne maille pour suivre le temps, et donne une méthode concrète pour mettre ce suivi en place sans alourdir le quotidien de l'équipe.

Rappel : les phases d'une mission de maîtrise d'œuvre

Le découpage issu de la loi MOP (aujourd'hui intégrée au Code de la commande publique pour les marchés publics) sert de référence à la quasi-totalité des agences, y compris sur les projets privés. Il structure les honoraires, les rendus et les validations du maître d'ouvrage. C'est précisément pour cela qu'il est pertinent pour le suivi du temps : il correspond à la manière dont vous êtes payé.

PhaseNom completCe qui s'y passe
ESQEsquissePremières propositions, vérification de la faisabilité du programme
APSAvant-projet sommaireComposition générale, estimation provisoire des travaux
APDAvant-projet définitifDimensions, matériaux, estimation définitive, dossier de permis
PROÉtudes de projetPlans et spécifications détaillés, coordination des lots
DCEDossier de consultation des entreprisesPièces écrites et graphiques pour l'appel d'offres
ACTAssistance aux contrats de travauxAnalyse des offres, mise au point des marchés
VISAVisa des études d'exécutionContrôle des plans produits par les entreprises
DETDirection de l'exécution des travauxRéunions de chantier, comptes rendus, situations
AORAssistance aux opérations de réceptionRéception, levée des réserves, DOE

Certaines agences ajoutent des phases propres : DIAG pour les diagnostics sur existant, EXE quand elles produisent elles-mêmes les plans d'exécution, OPC pour l'ordonnancement et la coordination, ou une phase « concours » pour les compétitions. L'important n'est pas de coller au texte, mais d'avoir une liste stable, partagée par toute l'équipe, qui correspond à la façon dont vos missions sont découpées dans vos contrats.

Pourquoi la phase est la bonne maille

On pourrait suivre le temps plus finement (par tâche, par plan, par lot) ou plus grossièrement (par projet uniquement). L'expérience montre que la phase est le bon compromis, pour trois raisons.

  • Elle correspond à vos honoraires. Vos contrats répartissent la rémunération par phase, souvent en pourcentage. Comparer heures passées et honoraires par phase donne immédiatement une rentabilité lisible.
  • Elle est facile à saisir. Un collaborateur sait toujours sur quelle phase il travaille. Il ne sait pas toujours s'il fait de la « conception » ou de la « production » au sens d'une nomenclature interne abstraite.
  • Elle permet d'apprendre. Au bout de quelques projets, vous savez combien d'heures coûte réellement un APD de maison individuelle ou un DCE de logements collectifs. Ces ratios valent de l'or au moment de chiffrer la prochaine offre.

Le piège du suivi trop fin

Demander aux équipes de ventiler leurs heures en quinze catégories garantit une chose : des saisies approximatives, faites le vendredi soir de mémoire. Mieux vaut une maille simple remplie tous les jours qu'une nomenclature parfaite remplie n'importe comment.

Mettre en place le suivi en cinq étapes

1. Fixer la liste des phases de l'agence

Partez des phases MOP, ajoutez celles que vous facturez réellement à part, et retirez celles que vous ne pratiquez jamais. Ajoutez aussi quelques codes hors projet indispensables : réunion interne, commercial et concours, formation, administratif. Sans eux, les collaborateurs imputent ces heures au hasard sur un projet en cours, et vos chiffres deviennent faux.

2. Donner un budget d'heures à chaque phase

Pour chaque projet, traduisez les honoraires de chaque phase en heures disponibles, en divisant le montant par votre coût horaire moyen chargé. Si l'APD d'un projet est rémunéré 12 000 € et que votre coût horaire moyen est de 60 €, vous disposez d'environ 200 heures avant de travailler à perte. Ce chiffre simple, affiché à côté du réalisé, change complètement la conversation en réunion de projet.

3. Rendre la saisie quotidienne et rapide

La qualité des données dépend de la fréquence de saisie. Une saisie quotidienne prend une minute ; une saisie hebdomadaire de mémoire prend un quart d'heure et reste approximative. L'outil doit donc permettre de remplir sa journée en quelques secondes, idéalement depuis le téléphone en sortant d'un rendez-vous de chantier. C'est l'idée de la barre « Dites-le à Tempy » : taper « 4h sur Maison Dupont en PRO et 1h30 de réunion interne » suffit à remplir la journée.

4. Valider chaque semaine

Une validation hebdomadaire par le chef de projet ou le responsable direct permet de corriger les erreurs d'imputation tant que tout le monde s'en souvient. Elle crée aussi un rituel : la semaine n'est « finie » qu'une fois soumise et validée.

5. Regarder les écarts pendant le projet

Le suivi n'a de valeur que s'il est consulté. Un point mensuel par projet, avec le réalisé comparé au budget de chaque phase, suffit. Dès qu'une phase atteint 80 % de son budget alors qu'elle n'est pas terminée, c'est le moment d'en parler : négocier un avenant, revoir le périmètre, ou accepter consciemment le dépassement.

Les erreurs les plus fréquentes

  • Laisser les phases ouvertes indéfiniment. Une fois le DCE rendu, fermez la phase. Sinon, des heures de reprise viendront s'y glisser et fausser la mesure.
  • Imputer les modifications du client à la phase en cours sans les signaler. Une reprise demandée par le maître d'ouvrage après validation de l'APD est potentiellement facturable. Elle mérite un code distinct ou au moins un commentaire.
  • Oublier la DET. C'est souvent la phase la plus sous-estimée, parce qu'elle s'étale sur des mois et se compose de petites tâches (appels, mails, visites). C'est aussi celle où le suivi quotidien fait le plus de différence.
  • Utiliser les données pour surveiller les personnes. Le suivi par phase sert à piloter des projets, pas à noter des collaborateurs. Si l'équipe le perçoit comme un outil de contrôle, les saisies deviendront défensives et inutiles.

Exemple : ce que révèle un projet suivi par phase

Prenons une agence de dix personnes et un projet de réhabilitation de 25 logements. Les honoraires prévoient 30 % pour les études (ESQ à PRO), 15 % pour le DCE et l'ACT, et 40 % pour la DET. En fin de projet, le bilan global affiche un léger dépassement de 8 %, qui semble acceptable.

Le suivi par phase raconte une autre histoire : les études sont sous leur budget de 12 %, grâce à une équipe rodée sur ce type de programme, mais la DET dépasse de 35 %, à cause d'un chantier en site occupé qui a multiplié les visites. La conclusion n'est pas « on a un peu dépassé », c'est « nos missions DET en site occupé sont sous-chiffrées d'un tiers ». Cette information se transforme directement en meilleure offre au prochain appel d'offres.

Quel outil pour suivre le temps par phase ?

Un tableur peut suffire pour démarrer, mais il montre vite ses limites : consolidation manuelle, versions multiples, aucune validation, pas de saisie mobile. Les logiciels spécialisés architecture gèrent nativement les phases. Nous avons comparé les principales options dans notre guide du meilleur logiciel de suivi du temps pour agence d'architecture. Tempy, de son côté, se concentre sur l'essentiel : des projets découpés en phases, une saisie en langage naturel et une validation par le bon responsable.

Faut-il suivre le temps par phase sur les petits projets ?

Oui, même de façon simplifiée. Sur une extension de maison individuelle, regrouper ESQ-APS-APD en « études » et PRO-DCE en « projet » suffit souvent, mais le suivi reste utile pour chiffrer les suivants.

Combien de temps prend la saisie par phase chaque jour ?

Avec un outil adapté, moins d'une minute par jour. La plupart des collaborateurs travaillent sur un à trois projets par jour, soit deux ou trois lignes.

Les phases doivent-elles être identiques pour tous les projets ?

La liste de référence doit être commune à l'agence, mais chaque projet n'active que les phases de sa mission. Un projet sans DET ne doit pas proposer ce code à la saisie.

Essayez Tempy sur votre propre agence

Créez votre agence en moins de 5 minutes, saisissez votre semaine en une phrase et laissez vos responsables valider. Gratuit pendant le lancement.

Créer mon agence