Guide
Comment calculer la rentabilité d'un projet dans une agence d'architecture
26 sept. 2026 · 8 min de lecture
« Ce projet, on a gagné de l'argent ou pas ? » La question paraît simple, et pourtant beaucoup d'associés d'agence y répondent au ressenti. Le chiffre d'affaires est connu, les honoraires sont dans le contrat, mais le coût réel du projet reste flou, parce qu'il est presque entièrement fait de temps humain. Dans une agence d'architecture, les salaires et charges représentent couramment la majorité des dépenses : savoir combien d'heures un projet a consommé, c'est savoir ce qu'il a coûté.
Cet article propose une méthode simple, applicable avec un tableur ou un logiciel de suivi du temps, pour calculer la rentabilité de chaque projet, et surtout pour la suivre pendant qu'il est en cours.
Étape 1 : calculer votre coût horaire chargé
Le coût horaire chargé est le socle de tout le raisonnement. C'est ce que coûte réellement à l'agence une heure de travail d'un collaborateur, en tenant compte non seulement de son salaire, mais aussi des charges et des frais de structure.
- Salaire brut annuel et charges patronales : c'est le coût employeur de la personne.
- Quote-part des frais généraux : loyer, logiciels (licences de CAO et BIM notamment), assurance professionnelle, comptable, matériel, déplacements. On les répartit généralement au prorata des heures produites.
- Heures réellement productives : une année compte environ 1 607 heures de travail pour un temps plein à 35 heures, mais toutes ne sont pas imputables à des projets. Administratif, formation, commercial et concours réduisent ce volume.
La formule est donc : (coût employeur + part des frais généraux) ÷ heures productives. Un collaborateur qui coûte 55 000 € par an à l'agence, avec 20 000 € de frais généraux affectés et 1 300 heures productives, a un coût horaire chargé d'environ 58 €. En dessous de ce montant facturé par heure passée, l'agence perd de l'argent.
Un taux moyen suffit pour commencer
Calculer un coût par personne est plus précis, mais un taux moyen par profil (associé, chef de projet, architecte, dessinateur) ou même un taux unique pour l'agence donne déjà une vision très utile. La précision viendra ensuite.
Étape 2 : transformer les honoraires en budget d'heures
Pour chaque projet, on convertit les honoraires en heures disponibles. Si une mission est rémunérée 90 000 € HT et que le coût horaire moyen est de 60 €, le projet peut absorber 1 500 heures à l'équilibre. Si l'agence vise une marge de 15 %, le budget cible tombe à environ 1 275 heures.
Ce budget se répartit ensuite par phase, selon la répartition des honoraires prévue au contrat. C'est ce qui permet de détecter un dérapage tôt : on ne constate pas à la réception que le projet a coûté trop cher, on voit dès l'APD que la phase consomme plus que prévu. Nous détaillons cette approche dans notre guide sur le suivi du temps par phase.
| Phase | Part des honoraires | Honoraires | Budget heures (60 €/h) |
|---|---|---|---|
| ESQ + APS | 15 % | 13 500 € | 225 h |
| APD | 15 % | 13 500 € | 225 h |
| PRO | 20 % | 18 000 € | 300 h |
| DCE + ACT | 12 % | 10 800 € | 180 h |
| VISA + DET | 33 % | 29 700 € | 495 h |
| AOR | 5 % | 4 500 € | 75 h |
| Total | 100 % | 90 000 € | 1 500 h |
Étape 3 : mesurer le réalisé
Le réalisé, ce sont les heures effectivement saisies sur le projet, multipliées par le coût horaire de ceux qui les ont faites. Ajoutez-y les frais directs refacturés ou non (impressions, maquettes, déplacements, sous-traitance d'un BET) et vous obtenez le coût complet du projet.
C'est là que la qualité du suivi du temps devient décisive. Si les saisies sont faites de mémoire en fin de mois, le réalisé est une estimation. Si elles sont faites chaque jour, en quelques secondes, il devient une mesure fiable. Toute la méthode repose sur cette brique.
Étape 4 : les trois indicateurs à suivre
- Taux de consommation : heures réalisées ÷ heures budgétées, par phase et pour le projet. Au-delà de 80 % sur une phase non terminée, c'est un signal d'alerte.
- Avancement réel : le pourcentage de la phase effectivement accompli, estimé par le chef de projet. Comparer avancement et consommation est plus parlant que la consommation seule : 70 % consommés pour 40 % d'avancement annonce un dépassement.
- Marge projetée : honoraires moins coût réalisé moins coût estimé du reste à faire. C'est le chiffre qu'un associé devrait regarder chaque mois.
Exemple chiffré
Reprenons notre projet à 90 000 €. À la fin du PRO, l'équipe a passé 820 heures, contre 750 prévues pour les phases ESQ à PRO. Le dépassement est de 70 heures, soit 4 200 € à 60 €/h. La marge projetée passe de 15 % à un peu plus de 10 % si la suite se déroule comme prévu. Ce n'est pas dramatique, mais c'est le moment de le savoir : la DET, qui représente un tiers des honoraires, doit maintenant être tenue.
Sans suivi, la même agence aurait découvert en fin de chantier une marge de 3 % ou 4 %, sans comprendre d'où venait l'écart ni pouvoir y remédier.
Les leviers pour améliorer la rentabilité
- Chiffrer à partir des données réelles. Les ratios d'heures par phase et par type de projet permettent de construire des offres justes. Voir notre article sur l'estimation des honoraires à partir du temps passé.
- Formaliser les avenants. Les modifications de programme après validation d'une phase doivent être tracées et, quand c'est possible, facturées.
- Adapter l'équipe à la phase. Un associé qui produit des plans de DCE coûte cher à l'heure ; la bonne répartition des profils par phase améliore fortement la marge.
- Réduire le temps non productif. Réunions trop longues, recherche de fichiers, ressaisies : le suivi des codes hors projet révèle souvent des gisements insoupçonnés.
Rentabilité ne veut pas dire productivité
Un projet peu rentable n'est pas forcément un projet mal travaillé. Un concours perdu, un projet de référence ou un client stratégique peuvent justifier une marge faible. L'essentiel est que ce soit un choix, pas une surprise.
Quelle marge viser dans une agence d'architecture ?
Il n'existe pas de norme unique ; elle dépend du type de commande et de la structure. L'important est de fixer un objectif explicite par projet et de le suivre pendant son déroulement.
Faut-il inclure le temps des associés dans le coût du projet ?
Oui. Même si les associés ne sont pas salariés, leur temps a un coût. L'ignorer rend artificiellement rentables les projets sur lesquels ils s'impliquent le plus.
Peut-on calculer la rentabilité sans logiciel ?
Oui, avec un tableur, à condition d'avoir des saisies de temps fiables par projet et par phase. Un logiciel évite surtout la consolidation manuelle et rend le suivi continu.
Essayez Tempy sur votre propre agence
Créez votre agence en moins de 5 minutes, saisissez votre semaine en une phrase et laissez vos responsables valider. Gratuit pendant le lancement.